lundi 11 septembre 2017

Un grand pays habité par des animaux

Ceci est une réponse au texte de Marc Séguin publié dans La Presse + du 27 août dernier.

http://mi.lapresse.ca/screens/d78ad519-ac9f-4b66-a178-0627ce0825df%7C_0.html

Une réplique fort pertinente de Nathan Cohen-Fournier est parue aujourd'hui même dans cette même Presse +.

http://plus.lapresse.ca/screens/531ce45e-d9a6-46d3-b0df-fa530e40f977%7C_0.html

Salut Marc,
Je me permets de te tutoyer, on s’est rencontrés à quelques reprises dans des événements littéraires. Nous avons en commun un amour indéfectible pour le Nunavik, même si nos expériences nordiques sont très différentes. La première fois que j’ai partagé le micro avec toi pour parler de nos livres et du Nord, le libraire nous a demandés comment nous en étions venus à aller là-bas. J’ai répondu que j’en avais toujours rêvé mais que je n’avais pas les moyens de payer l’astronomique prix d’un vol d’Air Inuit, alors j’ai cherché ce que je pourrais faire d’utile dans le bout, ça a débouché sur la création d’un camp de jour pour les enfants de Salluit. Quand ça a été ton tour de répondre, tu as dit que tu y allais depuis une dizaine d’années pour chasser. Ça m’a fait sourire, cette espèce de fossé entre nous, mais peu importe la façon dont nous avons frayé notre chemin jusqu’à la toundra, nous sommes immensément chanceux, tous les deux, d’avoir foulé ce territoire à la beauté innommable, comme tu l’as si joliment écrit.
Je te remercie d’avoir attiré l’attention sur la situation des caribous au Nunavik. Je n’étais pas au courant de la gravité de la problématique, même si je connais bien les pressions de plus en plus fortes exercées par l’homme sur cette faune et cette flore fragiles.
Je suis toutefois demeurée perplexe en terminant ma lecture, n’étant pas trop certaine du message que tu souhaitais livrer. Et je t’avoue avoir ressenti un profond malaise à la conclusion : « Le Nord va se perdre. On va le perdre. Il ne sera plus à nous. Les Blancs ne seront plus bienvenus. Et personne n’a le courage de s’imposer. » Le Nord n’a jamais été à nous, Marc, si ce nous fait référence aux gens du Sud. Les Inuit l’habitent depuis des millénaires, mais je pense qu’eux-mêmes ne diraient jamais que cette terre leur appartient. Connais-tu Taamusi Qumaq ? C’est un pionnier de l’écriture au Nunavik qui a rédigé le premier dictionnaire de définitions en inuttitut en 1991. Sais-tu comment il définit le Nunavik ? Un grand pays occupé par des animaux. Tu parles d’un territoire qui soumet à « une grande humiliation », je dirais plutôt un territoire qui demande une profonde humilité, exactement celle des Inuit.
Il y a moins d’un an, nous partagions la scène au Festival international de littérature de Montréal. Tu avais alors dit que tous les Blancs devraient quitter le Nunavik et laisser les Inuit s’organiser entre eux. Ça me semble assez différent de tes récents écrits. Je pense tout simplement que la réalité est plus nuancée, même si, je te l’accorde, les nuances, ça punch toujours un peu moins.
J’ai un ami qui travaille pour la Régie de la Faune du Nunavik. L’idée, c’est de marier les connaissances scientifiques des biologistes du Sud avec le savoir ancestral des Inuit. Le meilleur des deux mondes. Mon ami m’a raconté un truc étonnant sur les quotas de pêche de bélugas imposés par le gouvernement. Ces quotas produisent exactement l’inverse du résultat désiré parce que tout le monde se dépêche de tuer « son » béluga avant l’atteinte dudit quota, puis, une fois celui-ci atteint, tout le monde continue de chasser. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il serait mieux de laisser les Inuit chasser le béluga sans contrainte. Moi je leur ferais confiance pour gérer leur garde-manger. La dernière chose qu’ils veulent, c’est la disparition du caribou. Je suis assez certaine qu’ils sont capables de s’organiser en conséquence.
Par contre, je suis plutôt d’accord d’interdire la chasse pour les Blancs. Nous avons un bien meilleur accès à des produits frais et abordables que les habitants du Nord, je ne sais pas si tu as déjà eu l’occasion d’entrer dans une épicerie du Nunavik ? Des bananes de l’Équateur à 12 piasses et du bœuf de l’Argentine à 30, ça fait mal à la ferveur bio-locale-équitable. La fin de la chasse n’empêchera pas les privilégiés qui en ont les moyens de continuer à visiter le Nord, il n’y aura jamais de quota sur la randonnée ou le canot. En contrepartie, la grande majorité des Inuit n’a pas les moyens de se faire livrer son épicerie sur les ailes d’Air Inuit, comme les Blancs qui travaillent au Nunavik.
Parlant d’avoir des moyens, tu mentionnes aussi « les redevances d’exploitation qui rendent quelques individus riches à craquer ». C’est inexact. Lorsqu’une communauté reçoit des redevances d’une entreprise, deux options sont possibles : utiliser l’argent pour un projet communautaire ou le diviser également entre chacun des habitants. À Salluit et Kangirsujuaq, par exemple, les communautés se sont dotées d’une piscine grâce, en partie, aux redevances de la mine Raglan, exploitée par Glencore.
En fait, je dirais plutôt que les Inuit possèdent un sens communautaire impressionnant. Ça se voit particulièrement à la chasse, puisque ce n’est pas tout le monde qui a la possibilité de s’y adonner. Les chasseurs partagent toujours les prises avec la famille élargie (et Dieu sait qu’au Nunavik, elle est très large), puis apportent ce qu’ils ont en surplus au congélateur communautaire, où les familles dans le besoin se servent sans restriction.
Tu diras bonjour à Billy, ton guide de Tasiujaq. Sa fille a des ennuis de santé, tu savais? Un dérèglement de son système causé par une trop grande quantité de mercure dans son alimentation. Depuis qu’il a reçu le diagnostic, lui et sa famille ont cessé de manger du béluga, du phoque et du poisson. Une chance qu’il reste le caribou.

vendredi 9 septembre 2016

Au revoir Grand Nord

Dire que tout ça avait un peu commencé comme une blague. J’avais 25 ans, pas grand chose dans mon compte de banque, mais une envie puissante et irrépressible de me ruer vers le Nord. Une de mes amies enseignait à Salluit, et je plaisantais souvent en disant que j’irais la visiter, comme si j’avais les moyens de voler à bord d’Air Inuit. Jusqu’au jour où cette amie me propose de mettre sur pied un projet pour ses élèves, on ne savait pas quoi encore, mais on voulait simplement trouver une idée qui nous permettrait d’obtenir une subvention qui rembourserait mon billet d’avion.

            On a fait la liste de mes compétences qui pourraient être utiles dans le Grand Nord, mais il n’y avait pas grand chose. Je ne sais presque rien faire de mes mains, entre vous et moi, je ne suis pas certaine que je m’amènerais moi-même sur une île déserte ou dans le bunker post catastrophe nucléaire. Par contre, j’avais beaucoup d’expérience avec les enfants et dans toutes sortes de formes d’animation. On a eu cette idée de camp de jour parce que les enfants de Salluit avaient peu à faire l’été sauf des mauvais coups, une fois l’école terminée.

Je suis allée au village pour la toute première fois en mars 2011 afin de rencontrer les gens de la communauté et leur présenter notre idée. Je me souviens de la bourrasque de vent en descendant de l’avion. Un peu plus tôt, pendant l’escale à Kuujjuaq, j’avais trouvé ça ben correct, je me disais que le Grand Nord n’était franchement pas si frette que ça, mais quelques degrés de latitude plus haut, à Salluit, c’était une tout autre histoire, une histoire épique, digne du Nunavik, une histoire comme les dizaines d’autres que j’allais vivre pendant 5 ans, mais ça, je ne le savais pas encore.

            Notre idée de projet a été fort bien accueillie, mon amie a trouvé tout le financement nécessaire pour mettre en place le camp de jour à l’été et elle s’en est retournée au sud en me passant le ballon en juin. Moi je suis remontée au nord et je suis devenue la coordonnatrice du premier camp de jour de Salluit.

            Je repense à ce premier été avec beaucoup de tendresse, à l’énergie perdue à me fâcher après les moniteurs du camp qui arrivaient en retard ou qui n’arrivaient pas, à la créativité déployée pour me préparer à déjeuner quand l’épicerie manquait en même temps de pain, de lait, de céréales et de yogourt, à la nécessité d’avoir des plans b-c-d-e-f-g quand j’apprenais le matin même que l’école où je tenais mes activités serait inutilisable pour un mois en raison de travaux de peinture ou que la commande de gilets de sauvetage passée il y a trois semaines pour mon excursion de canot n’avait finalement jamais été envoyée.

            J’ai passé trois étés à Salluit, trois étés pendant lesquels j’ai probablement appris plus que durant toute mon existence. Trois étés à osciller parfois entre l’émerveillement et le désespoir, trois étés à apprivoiser cet environnement plus grand que nature, trois étés à aimer beaucoup, et très fort. Après trois ans, je suis devenue une sorte d’experte des camps de jour au Nunavik. Pour mon quatrième été, j’ai eu la chance de découvrir Quaqtaq, charmant village de l’Ungava, où j’ai mis sur pied un autre camp de jour, et Puvirnituq, «capitale» de la côte de l’Hudson, où j’ai donné un coup de main pour l’organisation et la formation des employés du camp de jour local, qui existait déjà depuis deux ans. En parallèle, je continuais à coordonner le camp de Salluit. 

            Au printemps suivant, j’ai eu l’honneur d’être engagée par Fusion Jeunesse, organisme voué à la prévention du décrochage scolaire, comme directrice-adjointe de la programmation éducative pour les communautés inuites. Je me suis retrouvée en charge de 13 projets répartis dans 8 villages du Nunavik. Pendant un peu plus d’un an, j’ai eu le bonheur de découvrir ces 8 magnifiques communautés et les gens inspirants qui les habitent. J’ai goûté aux blizzards, aux aurores et à la morsure du froid quand le mercure frôle les -40 degrés auxquels il faut encore soustraire le non-négligeable facteur éolien. Je vous entends frissonner d’ici, mais si vous saviez la puissante sensation que l’on ressent à marcher dans le silence glacé d’un désert blanc, un mélange de paix post fin du monde et de fierté indicible de ne pas être une shoshotte.

            À l’automne dernier, j’ai publié mon premier roman, Nirliit, inspiré de mon expérience au Nunavik. Un premier roman écrit à tâtons, sans trop savoir comment faire, un livre écrit de tout mon cœur. Je suis encore émerveillée que tant de lecteurs aient bien voulu me suivre jusqu’à Salluit et faire une si belle place à Nirliit dans leurs cœurs. Cet automne, j’ai eu la chance d’obtenir deux bourses de création qui me permettent de prendre une année sabbatique et de me consacrer à l’écriture d’un deuxième roman. Cela signifie que je m’éloignerai un peu du Nord, physiquement, pour quelque temps.


            Puisque ce blogue a vu le jour d’abord pour raconter mes péripéties nordiques, je crois qu’il sera plus tranquille cette année. Je suis persuadée que ce n’est pas la fin, comme je suis persuadée que je retournerai au Nord, probablement plus vite que je ne le pense. Je viens du sud de ce pays du Nord, je viens des champs et du bout du rang, je viens des énormes balles de foin à escalader lorsqu’elles surgissent du ventre du tracteur, je viens de l’hiver qui a de plus en plus de mal à faire sa place, mais je suis amoureuse de la toundra. Je ne suis ni infirmière ni professeure ni plombière, je ne suis pas d’un métier clairement défini qui m’ouvrirait plus simplement les portes du Nord, mais je pense que j’ai finalement compris ce que j’étais allée faire là-bas en écrivant Nirliit. Quelque chose comme un pont entre le Nord et le Sud.

dimanche 6 mars 2016

Faire de l'attitude

Air inuit, encore eux, je sais, mais que puis-je faire s’il s’agit d’une source intarissable d’anecdotes?

On demande aux passagers de se présenter au moins quarante-cinq minutes avant le vol pour l’enregistrement, ce que je fais, la quasi-totalité du temps. À Aupaluk, quand mon vol est tôt le matin, je suis toujours à l’aéroport bien avant les employés. J’attends sagement avec mes valises que quelqu’un se présente pour m’enregistrer, ce qui se produit générale
ment 20 minutes avant l’arrivée de l’avion. Quand on voit l’appareil se dessiner dans le ciel, quelques passagers arrivent en trombe et s’enregistrent exactement au moment ou l’avion touche la piste.

            C’est comme ça à Aupaluk, mais c’est aussi comme ça un peu partout au Nunavik, alors des fois, on a envie de la jouer à l’inuite, nous aussi.  Le jour de mon départ de Kuujjuaq, j’ai dû patienter un peu avant qu’on ne vienne me reconduire à l’aéroport, ce qui fait que je suis arrivée pile poil à 13h15, pour un départ à 14h. Le temps que les préposées s’occupent de moi, il était 13h20.  C’est alors que le verdict est tombé :

            «Le vol est fermé.»

            Comment ça le vol est fermé? Tu es trop tard, il faut arriver au moins 45 minutes avant le départ. Derrière les employées, Grand Nanuk hochait la tête, les pattes croisées. (Vous vous rappelez de Grand Nanuk? Le vieil ours polaire qui à mon avis est le Dieu malicieux qui préside toutes les destinées du Nunavik?)

            J’ai sorti mes trois arguments massue :
           
1)   J’étais là à 13h15, c’est vous qui m’avez fait attendre.
2)   Mon chauffeur était en retard.
3)   Avez-vous déjà pris l’avion à Aupaluk?

À la mention d’Aupaluk, elles ont protesté : «Oui, mais ce n’est pas supposé être comme ça.». Je comprends. C’est juste que je trouve ça un peu ironique de me faire faire une leçon de ponctualité par les employés d’une compagnie qui n’a pas l’habitude d’être spectaculairement à l’heure, disons. Grand Nanuk, sentant le vent tourner, a à peine eu le temps de se décroiser les pattes, mais trop tard, j’avais mon billet en main. Mauvais perdant, comme d’habitude, il a provoqué quelques ennuis mécaniques, et nous sommes finalement partis deux heures en retard. Match nul, vieux grognon.

***

            À Tasiujaq, Jakusie, 12 ans, est particulièrement turbulent dans la salle de musique. Profitant de tout ce bel équipement disponible, il s’époumone dans le micro. Je ne comprends pas tout, mais il y a un mot qui revient pas mal souvent, et que je comprends très bien.
            Hé Jakusie, tu aimes beaucoup parler de pénis, hein?

            Et vlan, 200 000 points pour moi. La bouche grande ouverte, il est médusé : «Comment t’as fait?» Bah, tu n’es pas le premier jeune Inuk prépubère débordant d’hormones que je rencontre, tu sais.

            Ushut. Pour ceux que ça intéresse, c’est comme ça qu’on dit pénis, en inuttitut.



           


samedi 16 janvier 2016

DYP


Nous sommes dans un village, quelque part au Nunavik. Nous sommes dans une école, quelque part dans ce village. Nous sommes réunis dans la bibliothèque, tous les employés et même moi qui n’en suis pas une, nous sommes venus entendre la présentation de la travailleuse sociale qui veut nous expliquer la différence entre les services sociaux et le département de la protection de la jeunesse. Les Inuits parlent inuttitut et anglais. Les francophones parlent français et anglais. Les anglophones parlent juste anglais. On parle en anglais, la travailleuse sociale est une francophone qui parle anglais avec son accent à des Inuits qui ne maîtrisent pas parfaitement cette langue, et elle non plus d’ailleurs. Bienvenue au Nunavik.

            La différence entre les services sociaux et la DYP, comme on dit ici (Department of Youth Protection), c’est qu’on a recours aux services sociaux de façon volontaire, mais que l’intervention de la DYP est imposée par la loi. La travailleuse sociale a poursuivi son exposé, en anglais, pour expliquer comment faire un signalement. J’étais assise à sa gauche, les yeux étaient rivés sur elle, je voyais très bien les yeux des gens, je regardais surtout les beaux yeux noirs et bridés qui la fixaient avec une injustice poignante enfoncée dans le regard, une rangée d’yeux noirs et bridés, une rangée d’yeux inuits qu’on sentait vaciller.

            Pourquoi on contacte la DYP? Si un enfant est laissé seul, sans ses parents pour s’en occuper. «What about the uncle or aunt?» Oh oui, oui, c’est correct l’oncle ou la tante, juste si l’enfant est seul, et j’avais envie de demander seul combien de temps? Parce que vous savez, ça se peut que les parents partent quelques heures à la chasse en sachant très bien que leurs enfants vont se débrouiller, aller chez une grand-mère ou un oncle s’ils ont faim ou s’il y a un problème. Ça se peut que le brouillard se lève et que les parents n’aient pas le choix de camper dans la toundra, et ils savent que quelqu’un dans le village prendra soin des enfants, ils appartiennent à tout le village, les enfants. Chez nous, dans le sud, dans nos villes immenses où les voisins sont des inconnus et où la paranoïa atteint chaque jour de nouveaux sommets, on ne laisse pas un enfant seul, mais on ne risque pas non plus d’avoir à camper à l’épicerie à cause du brouillard.

            Je suis certaine que la travailleuse sociale comprend tout ça, mais elle ne l’a pas expliqué, elle est passée tellement vite sur le sujet et sur des mots comme négligence, abus, maltraitance, des mots si chargés et ravageurs qu’on n’a rien retenu du reste, on a retenu si les parents ne s’occupent pas bien de leurs enfants on les stoole à la DPJ et ils sont mieux de coopérer, sinon la cour va s’occuper d’eux. On n’a pas parlé de rien, pas parlé des problèmes sociaux complexes du Nunavik qui en poussent plusieurs vers l’alcool et la drogue avant de perpétuer à leur tour le cycle de la violence, ils n’ont pas reçu d’aide, et maintenant on leur dit si vous êtes pas fins on va vous prendre vos enfants.

            On n’a pas parlé de tout ça parce qu’on n’a pas eu le temps, il fallait faire vite vite vite, c’était la fin de la journée et les autres professeurs avaient hâte de partir, les autres professeurs ont bien retenu comment faire un signalement à la DYP et ils le feront si nécessaire, mais les professeurs inuits, eux, s’ils font un signalement, ça risque de vouloir dire dénoncer quelqu’un de leur propre famille, et on en a parlé vite vite vite, entre la dernière période de classe et les courses pour le souper.

            À la fin, la travailleuse sociale a demandé si les gens avaient des questions, une femme inuite a levé la main : «Oui où est ton traducteur? Il y a pleins de choses que nous n’avons pas comprises, nous aurions aimé comprendre.»  La travailleuse sociale s’est excusée, elle a dit que l’interprète devait venir, mais qu’elle a eu un empêchement, et que comme ça faisait plein de fois que cette rencontre devait avoir lieu et que l’interprète annulait, elle avait décidé de le faire quand même parce qu’il fallait le faire à un moment donné.

            Une autre femme s’est mise à parler au reste de la salle en inuttitut, ça a duré à peine une ou deux minutes, puis elle s’est excusée d’avoir parlé en inuttitut et j’avais envie de brailler.

            C’est choquant une interprète qui annule une rencontre, mais on ne fait pas de rencontre sur un sujet aussi crucial sans interprète. On ne fait pas de rencontre sur un sujet aussi crucial en 10 minutes entre deux problèmes de maths et une sauce à spagh. On ne met pas une gang de Blancs dans des bureaux à 2000 kilomètres pour décider comment régler les problèmes familiaux des Inuits. On ne fait pas ça.

J’en ai appris une autre bonne aujourd’hui : les Autochtones représentent maintenant le quart de la population carcérale dans les prisons fédérales au Canada.

La route sera longue.